New_York_2012

Vue d’atelier, New York, 2012

 

Ma pratique de la photographie s’attache à croiser image et installation. Mes photographies ne sont pas enfermées dans un format, un support ou une mise en espace figée. Chacune des images possède et génère en elle ses propres variations dès qu’elle se matérialise sur un support ou qu’elle se déploie dans un espace.

Interrogeant spécifiquement le médium, les cadres et ses supports d’existence, je tente de créer ainsi plusieurs lectures de mon corpus photographique notamment en documentant les multiples spatialisations de celui-ci. J’intègre parfois des matériaux et autres éléments périphériques, posés ou accrochés directement sur l’image (tasseaux de bois, volumes géométriques, outils de mesure, objets, papiers de couleurs…) afin de rendre à ces installations d’atelier, proche d’un chantier de construction, la mise en scène et l’illusion de l’environnement qui les a fait advenir. Les corps que je photographie sont pluriels, traversés par une certaine instabilité irrésolue, arrêtés ou suspendus dans une action. Les paysages et les architectures sont quant à eux identifiables – reconnaissables – par le même déséquilibre qui les habite, inachevés ou indéterminés dans leur fonction.

Je photographie par nécessité. Nécessité de dire, nécessité de montrer, nécessité de donner à voir, nécessité de créer une autre temporalité qui correspondrait davantage à mon observation du temps présent. Une césure s’y produit, liée à un évènement affectif, une géographie choisie ou imposée, un individu rencontré intentionnellement ou non dans ce réel. Alors pour ne pas perdre complètement la sensation de la découverte ou pour la prolonger c’est selon, il me faut paradoxalement l’évacuer, lui donner forme, la (re)construire. Je la matérialise et la partage pour que d’autres images aussi puissent continuer à exister. Geste nostalgique et utopique aussi, il accorde un ajustement et un point de vue porté sur le réel qui n’a pas d’autre visée que d’accepter un peu mieux son existence. Dans cette action même de photographier, ne se joue pas tant une révolution du voir, mais plutôt l’intuition vitale que cette action doit se faire, qu’elle est nécessaire. Dans l’espace parallèle du réel vécu et déjà là, consommé et imposé, apparait un second réel à portée de main qu’il faut provoquer.

Produire des images me permet de garder un certain contrôle sur le réel. En choisissant ce que je veux retenir de lui, je ne cède pas sous son poids, mais bien au contraire, j’y puise ce désir de vouloir être au monde. Là. J’ai une place choisie. En somme, se dessaisir et s’extraire ainsi du réel, c’est annoncer son lâcher-prise tout autant que sa résistance face à lui. Voilà la nécessité même de vouloir voir encore.