Expositions à venir:

  • galerie Occurrence, (exposition personnelle), Montréal, 19 janvier au 2 mars 2019
  • Je n’ai du reste rien de spécial à vous dire, VU PHOTO  espace américain, (exposition collective), Québec, 18 mai au 24 juin 2018
  • Étant donnés,  VU PHOTO espace américain, (exposition personnelle), Québec, 6 avril au 13 mai 2018

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Approximation (vue d’atelier), 2018.

 

Le travail, le processus

 

Être normal, c’est aimer et travailler.

-Freud

 

Épistémologiquement, l’imaginaire de la production concevait le monde comme matières engagées dans des rapports objectifs et finis de transformation. Il semble que l’imaginaire de la reproduction technologique conçoive plutôt le monde comme processus de synthèse, perpétuellement accéléré par l’infini courants de virtualités.

-René Lapierre, L’Atelier vide

 

Le travail active la matière du monde, c’est ce qui lui donne forme, ce qui la modèle selon une volonté, un plan, une ambition. L’échelle de cette matière n’a pas d’importance : tout commence au niveau moléculaire, pour éventuellement y retourner. Entre temps, des images et des objets sont créés, des outils et des espaces. Puis d’autres outils qui remodèleront la matière, recomposeront les images, et d’autres espaces où travailler différemment, où aimer à nouveau. La matière suit un cycle qui lui appartient et la possède tout à la fois. C’est aussi ce qu’on pourrait nommer le processus.

Le mot processus vient du latin pro (au sens de « vers l’avant ») et de cessuscedere (« aller, marcher »), ce qui signifie aller vers l’avant, avancer. Le processus projette et envisage. Dans ce mouvement, cette avancée, se trouve ce qu’on ne sait pas encore, ce qu’on ne connaîtra qu’au terme d’un ensemble complexe de gestes, d’intuitions et de décisions. C’est le travail lorsqu’il active l’inconnu, lorsqu’il progresse à l’aveugle dans l’espace de l’atelier et dans celui, abstrait, de la pensée. Dans le processus logent des vestiges du temps : les passages de la matière.

Si l’immobilité de l’image photographique ne peut traduire la littéralité du mouvement qui parfois l’habite, elle en est le témoin silencieux. En contrepartie, la vidéo et le cinéma redonnent à l’écran le caractère mouvant de toute chose. Au cœur du processus cependant, l’image – quelle qu’elle soit – danse, se superpose et se juxtapose, se voile ou reflète un hors champ. Qu’elle soit fixe ou non, elle étend ses possibilités et distend le réel. Le processus mobilise l’image, il la meut dans un espace donné.

L’atelier est un espace à la fois donné et témoin. Et c’est désormais un lieu physique tout autant qu’un écran : la projection d’idées excède le contexte, créé du réseau. D’infini courants de virtualités traverse l’atelier, infiltre l’art et le reste, le monde et sa production, son activité. Ce faisant le processus se désancre de la matière de manière à devenir labeur désincarné. Un travail de 0 et de 1 cohabite avec le modelage et la coupe du bois, la peinture et la photographie. Mais l’atelier demeure habité : labeur et attente l’occupe, attention portée.

Dans l’atelier aussi, l’artiste : observant l’ordre et le désordre de la vie, catalysant l’idée de transformation du monde, de transmutation des matières. Derrière le labeur artistique, il active les processus et travaille à désorienter l’existence des choses en les interrogeant – agglomérant et atomisant leur cœur battant. Il rompt des liens, déplace des préfixes, remixe, puis repense la récursivité des procédures. Il reformule incessamment un rapport au monde qui ne peut être fixé – qui n’est jamais autre chose que résilience et métamorphose.

Nathalie Bachand

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Vues de l’exposition Étant donnés, avril 2018

 

 

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Reflet doublé in situ #4, 2018. c-print, 20×30 cm.

 

DSC01325Les précipités (détail), 2017. 25 photogrammes sur papier kodalith, 50 cm x 60 cm chacun, ventilateurs, bois, installation 14m.

 

Outre mesures est une mise en chantier photographique. Lucie Rocher y poursuit ce désir constant de vouloir faire éclater ses sujets et les matières par lesquelles ils se révèlent et s’assemblent.

Elle expose ici au regard des accidents d’impressions tout autant que des tirages travaillés. Et dans l’acte photographique lui-même, au coeur de ce chantier dé-mesuré, surgissent des tête-à-tête d’images fabriquées et fragmentées, d’oeuvres accidentées et bousculées. S’ouvre une conversation sourde, parfois bruyante, faite des multiples combinaisons entre ces éléments hétéroclites et minutieusement choisis. Dans ces murs, le photographique est un résident toujours temporaire. Il se déplace et s’échappe pour produire une expérience du sensible qui se construit à travers le temps et dans l’espace. Si les dialogues qui en émergent tendent outre mesures vers un état d’équilibre, cet état restera pourtant précaire et utopique.

Afin que la stabilité n’advienne pas, que l’accrochage reste fragile.

Les Outre mesures de Lucie Rocher proposent de dépasser le quantifiable et l’observable pour donner au réel deux poids, deux mesures. Si elles s’annoncent au pluriel, elles poursuivent pourtant, en solitaire, une traversée au-delà du reconnaissable. Outre est ainsi une invitation à aller plus loin, au-delà d’une mesure, d’une norme, d’une convention, d’une limite.

Afin de ne jamais enfermer l’image photographique sur ses quatre côtés.

Ventilateurs, projecteurs de diapositives, mobilier non-fonctionnel ou encore matières laissées à l’état brut sont mobilisés pour placer l’image en situation de déséquilibre. Bougeant et s’échappant de son cadre ou de sa structure d’accueil, elle déplace les normes usuelles d’accrochage et de présentation de la photographie. Chaque pièce devient alors ponctuation, livrant une variation temporaire d’elle-même.

Afin que l’angle adopté ne soit jamais entièrement droit, qu’oscille la ligne d’horizon.

Issues de situations – heureuses ou non – rencontrées dans l’atelier, l’artiste reprend le contrôle de ses images. Durant le processus d’apparition de ses sujets, elle n’abandonne pas ses formes au hasard et elle en détermine à nouveau le tracé, le devenir, en faisant le choix de tout (nous) montrer, sans hiérarchie ni distance entre les éléments qui composent et révèlent les différentes étapes de son processus.

Afin de donner voix autant à ce qui a fonctionné, qu’à ce qui a peut-être échoué.

Les matériaux bruts, photographies, outils de fabrication, boîte à archives deviennent les narrateurs d’une histoire en cours dont la trame commune confirme cette attention que l’artiste leur a portée. Né dans l’atelier, le sens des anecdotes vécues et des artefacts obtenus forment les facettes d’un chantier toujours éphémère.

Afin de faire le pari constant qu’un jour un équilibre sera trouvé.

L’interrogation de la matérialité de l’image y est permanente et portée par l’écho entre les œuvres, conçu comme des allers-retours entre les diverses époques du médium photographique. Une photographie de couleur sépia prise pendant le montage de l’exposition; des photogrammes d’un disque dur dysfonctionnel; des apparitions de pixels colorés provenant d’un fichier inconnu; des diapositives retraçant sur plusieurs années des accrochages en atelier; des objets de vision empruntés à la chambre noire s’assemblant entre eux pour former une constellation : ils sont autant d’indices qui font de la plasticité du photographique une donnée où le temps ne peut jamais se figer entièrement. Bien au contraire, il est pris lui aussi comme un matériau qui nous entraîne dans un unique mouvement répété, continu et global.

Afin que chaque pièce soit un point de départ possible.

Au spectateur sont laissées l’articulation, la cohérence, la perspective de l’ensemble. Il sera désormais le vecteur de nouveaux repères : à lui de s’emparer de leur présence persistante et résistante, à lui de s’imprégner des résonances, de ces conversations passagères rendues paradoxalement audibles par la photographie.

Afin que ce qui résiste à la vue évidente, ce qui apparaît dans le faisceau de ces “erreurs heureuses” puisse annoncer une réalité autrement mesurable.

 

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DSC01432Vues de l’exposition Outre mesures, novembre 2017

 

  • Faits et causes (exposition personnelle), commissaire invitée Julie Alary Lavallée, Z art space, Montréal, 29 août au 27 septembre 2017. Vernissage le 29 août à 18h. Discussion publique entre l’artiste et la commissaire, le 19 septembre à 18h.

DSC00244Angle coupé (triptyque), hommage à Serge Tousignant, 10 x 15 po (chaque), C-print, contre-collée chacune sur un caisson en bois de peuplier,  2017.

 

L’exposition Faits et causes prend ancrage dans les installations photographiques récentes de l’artiste Lucie Rocher en focalisant sur leur processus de fabrication. Ses procédés de captation et d’exploration, qui rapprochent sa pratique photographique du médium sculptural, s’y trouvent révélés par une sélection d’œuvres et de non-œuvres qui questionnent les modes de visibilité et de présentation de l’image.

Certains artistes passent le langage photographique au peigne fin, en dissèquent les propriétés physiques, mécaniques et numériques, pour les explorer et les mettre au jour jusqu’à en supprimer toute représentation au profit d’une pratique conceptuelle plongée dans l’abstraction. Non étrangère à cette tangente formaliste, la pratique de Lucie Rocher revendique davantage un investissement vers la figuration. Elle s’accroche par métonymie au chantier de construction – à ces espaces parsemés d’amoncellements de matériaux, laissés tels quels, comme à celui de l’atelier – tant pour ses attributs formels que pour la précarité et l’apparence rudimentaire qu’il peut évoquer. L’espace photographié, ce réel capté, y devient parcellaire, voire absent, au profit du vide qui, lui, devient le protagoniste. Tributaire d’un processus poreux et perméable aux explorations, sa pratique s’édifie par strates.

Son sujet de prédilection, l’architecture, et par extension le paysage construit, est intarissable. Il s’offre dans tous ses états tant dans l’espace public que privé. Entre ses mains, il est continuellement sectionné, redoublé, plié, dissimulé, superposé, photographié et réimprimé. Le sujet s’y trouve investi d’une foulée de manipulations qui le rendent souvent méconnaissable ou magnifié à partir d’autres perspectives et angles d’approche.

Déjouant les codes de la photographie, ses œuvres et autres prototypes articulent une réflexion libre autour du cadre et une recherche soutenue sur les modes d’accrochage. Elles sont fixées au mur par du ruban adhésif, enroulées autour d’un clou à l’état brut, laissées sur une table, tant de façons d’y affirmer leur qualité d’objets usuels et résiduels. S’il y a cadre, et cela est plutôt rare, c’est qu’il participe à renforcer les propriétés conceptuelles et formelles de l’œuvre.

La nature frêle et passagère du papier journal, support pauvre et jetable présent dans la plupart des installations, contraste avec la solidité et la pérennité des matériaux représentés. Antinomiques, ses œuvres se construisent aussi par jeux d’échelle, de perspectives, de répétitions et de lignes diagonales qui dynamisent l’agencement spatial. Diagonal(e) table miroir (2017) condense l’ensemble de ces directions. La stabilité, une qualité normalement associée à l’objet-table, est détournée ici par la surface inclinée du dispositif, renforçant les effets de superposition et de multiplication des images, eux-mêmes intensifiés par la présence de miroirs.

Sépia, reflet doublé in situ #2 (2017) rappelle quant à elle les clichés anciens de ton brunâtre associés à une certaine époque du médium. Or, ce dialogue avec l’histoire se poursuit avec l’espace de diffusion au-delà de la technique. Saisit lors du montage de l’exposition, un fragment de la galerie, réfléchi dans la vitre du cadre, occupe l’espace de la représentation. Si cet objet-cadre, anamorphose photographique, renvoie aux formes subtiles de saisissement du monde, il met aussi en évidence les moyens, traqués par l’artiste, pour rendre visibles tous les temps de construction d’une image.

Julie Alary Lavallée, commissaire

 

DSC00405DSC00261DSC00293DSC00291DSC00364Vues de l’exposition Faits et causes, août 2017

 

  • Le doctorat en recherche et création, un « chantier » d’actions et de réflexions, dans le cadre du séminaire doctoral dirigé par Arnaud Claass et Nicolas Giraud, Ecole Nationale Supérieure de la Photographie (ENSP), Arles, France, 11 avril 2017

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  • Cdex, Centre d’expérimentation et d’exploration, UQAM, juin 2016, Montréal, Canada

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  • De Gaspé, avril-mai 2016, Montréal, Canada

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  • De Gaspé, mars 2016, Montréal, Canada

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  • octobre 2015, vue d’exposition

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    • 28 et 29 juillet 2015, Sim Residency, Reykjavik, Islande

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    • mai 2015, vue d’atelier

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    • septembre 2014 – Open Studio – 5445 avenue De Gaspé studio 424, Montréal, QC
    • 10 au 26 juillet 2012 – White Box, 329 Broom Street, 10002, East Village, New York

    • 19 et 20 novembre 2011 : NYU Steinhardt – Barney Building 34 Stuyvesant Street – New York, NY

  • 12 septembre 2011 – Galerie Nikki Diana Marquardt (PDF) – Remise des bourses jeunes talents – 9 place des Vosges / 10 rue de Turenne 75004 Paris
  • 30 octobre – 3 novembre 2008 – Installation sonore FSPACE3 – Le Trianon – 80 Bd Rochechouart 75018 Paris
  • 11 octobre 2008 – Performance chorégraphiée par Micheline Lelièvre à La Villa Savoye, Poissy, France
  • 20 septembre 2008 – Journées du patrimoine, « parcours sensoriel » avec Micheline Lelièvre. – 75020 Paris
  • 2007 – Le module, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Centre Saint-Charles, 75015 Paris